Peinture & Ecriture

Lumière de Provence

Lumière de Provence - Peinture & Ecriture "Le tout c'est d'avoir du génie à vingt ans et du talent à quatre vingts"
Jean Baptiste Camille Corot
Lumière sur la Provence
de Josiane Bisson
Huile sur toile 38x49
(Prix de vente 355€)

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Une palette naturelle

Dans ma vie, à deux reprises, j’ai été scotchée par les couleurs de la nature. La première fois à Trégastel en Bretagne, après un orage le ciel affichait des dégradés inégalables de rose, de mauve, de jaune, un spectacle unique. Puis ce fut en Provence à Roussillon exactement. Les falaises d’ocre offrent l’or à la palette. Jamais je n’ai mieux compris Paul Cézanne.

Extrait de mon recueil de nouvelles

«Paul»


C’est au printemps 1886 que je fis la connaissance de Paul. Nous étions voisins dans ce petit village provençal qu’est Gardanne. Du haut de mes dix-huit ans, Paul me semblait très vieux, avec son visage buriné par le soleil et le vent, mais j’aimais énormément sa compagnie. Parfois, je le rejoignais sur la petite place à l’ombre des platanes et nous restions là, à échanger des points de vue. Je crois qu’il m’aimait bien. Paul n’était pas vraiment apprécié des villageois qui lui reprochaient son air renfrogné et son manque de courtoisie. C’est vrai que Paul n’était pas ce que l’on appelle un homme aimable. Pourtant, un après-midi il me proposa de l’accompagner durant une de ses promenades matinales dans les sous-bois avoisinants.
- N’oublie pas tes couleurs ! Tu en auras besoin.
Ce matin là, nous partîmes vers sept heures, juste avant le lever du soleil. Paul marchait silencieux comme la plupart du temps et mes questions et jacasseries perpétuelles durent beaucoup l’importuner.
- Voilà, nous y sommes. Monte ton chevalet et montre-moi ce que tu sais faire.
Fièrement je dépliai le tréteau me servant de support et m’attelai à l’ébauche du sous-bois où le soleil commençait à poindre. Mon œuvre fut subitement interrompue par le bruissement des feuillages.
À pas lents, manquant d’assurance, un faon vint se poster à quelques mètres de notre atelier ambulant.
- Paul…regardez, je vais peindre aussi cet animal.
Au son de ma voix, le jeune cervidé prit immédiatement la fuite, ne laissant derrière lui qu’une nuée de feuilles qui vint mourir sur le sol.
- Voilà, tu as tout gâché. Comment veux-tu, d'ores et déjà, peindre une si belle créature ? Personne ne parviendrait à capter la douceur duvetée de sa robe, la grâce de sa course, la rapidité de sa fuite. Concentre-toi plutôt sur tes couleurs.

Paul s’approcha calmement du chevalet. Il ajusta son chapeau de paille et je ressentis immédiatement sa déception.
- Non, non, non… Tu n’as pas compris. Tu as peint comme l’aurait fait un enfant avec des crayons de couleur. Rien, il n’y a rien dans tes nuances.
Vexée, je lui tournais bien vite le dos pour reprendre ce qui me semblait être de l’art.
- Ecoute-moi jeune fille, je ne cherche pas à être désagréable, mais il faut que tu apprennes à faire chanter tes couleurs. Un rouge n’est pas un rouge, c’est une multitude de nuances. Tu dois composer la teinte comme une partition, note après note. Tu dois imaginer que le soleil s’ébroue, laissant échapper de ses rayons des pigments d’or. Fais vivre ta palette, laisse parler ton cœur.
Il retourna silencieusement à son esquisse terminée et d’un trait sûr et affirmé, il écrivit au bas de la toile à droite : Paul Cézanne.


J.B

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