Peinture & Ecriture

Mon château

Mon château - Peinture & Ecriture "L’art est la révélation
d’une sensibilité exquise"
Paul Cézanne
Mon château
de Josiane Bisson
Huile sur toile 46x55
(Prix de vente 385€)

Joindre l'artiste à propos de ce tableau
Mon rêve

L'histoire de ce tableau, ainsi que la nouvelle qui l'accompagne, sont nées d'une photo. Oui une simple et belle photo. Ce cliché m'a été offert par Elisabeth Weiss (rédactrice en chef de Randonnée Magazine). Il est la transposition de mon rêve, mon idéal. D'ailleurs la photo m'accompagnera tout au long de ma carrière dans la presse, une sorte de porte-bonheur, un talisman. Un grand merci à toi Elisabeth.

Extrait de mon recueil de nouvelles

Mon château


« … C’est à proximité de l’océan qu’elle niche, la maisonnette. Ma maisonnette. Elle aurait pu, vu mon attirance pour les très jolies choses, être une grande demeure bourgeoise ornée de marbre et de colonnades. Il n’en est rien. Bien au contraire. C’est pour moi la plus coquette des demeures. Ce n’est pas simplement une bâtisse, c’est une partie de mon âme, mon asile, mon nid, le foyer où j’aime me ressourcer.
Dès le seuil franchi, c’est un mélange d’odeurs de cire et de cheminée qui vous envahit. Chaque pièce, et son ambiance particulière, nous conte une histoire différente. Comme dans toutes les maisons anciennes, nous entrons d’abord dans la cuisine. Grande et spacieuse, elle reflète des scènes de préparations culinaires. Je les imagine tous rassemblés autour de la large table en chêne, femmes, enfants et voisins équeutant les jeunes haricots pour concocter les conserves qui aideront à passer les frimas. Les enfants, quant à eux, auraient sans doute préféré gambader dans la nature, mais, aujourd’hui, ils en gardent de merveilleux souvenirs. Sous leurs doigts, ils ressentent encore la douce robe de velours exaltant le parfum de la rosée du matin. Ce souvenir restera à jamais gravé dans leur mémoire.
Il y a là une femme, debout devant la cuisinière à charbon, tournant sans cesse l’épaisse confiture de framboises qui garnira bientôt les tartines matinales. Femmes, enfants et voisins ne sont plus. Pourtant en pénétrant dans cette pièce, j’imagine les rires, les anecdotes et la bonne humeur qui régnaient durant les matinées consacrées à la préparation des réserves hivernales. Même le chaudron de fonte et le confiturier sont encore là pour nous chanter leurs histoires. Les petites tomettes rouges reluisent à force d’être lavées, dépoussiérées, récurées et enduites d’huile de lin.

La porte menant à la pièce principale est de guingois et son grincement toujours présent. Là, se trouve le centre de mon château. L’énorme cheminée qui trône dans la pièce ne compte plus le nombre de stères qui se sont consumés dans son âtre pour réchauffer habitants et convives.

Dans cette pièce, le soir venu, j’aime rêvasser, devant un feu vigoureux en savourant une coupe de champagne. Chopin et le crépitement des bûches parviennent même à orchestrer mes évasions nocturnes. Là encore, les senteurs sont omniprésentes. Encens, bougie, tabac, huiles essentielles, le tout enveloppé des essences capiteuses de mon parfum, forme un cocktail dès plus harmonieux. La bâtisse, tout en coins et recoins, cache bien des trésors. Un placard, une petite niche, une alcôve ayant dû abriter bien des amours, quelques marches, une pièce minuscule, quelques marches encore, une porte donnant sur le jardin, le tout s’articulant comme une gracieuse poésie. Les petites chambres situées, pour la plupart à l’étage, n'ont rien à envier au rez-de-jardin. Chacune racontant son histoire, ses drames, ses joies, ses naissances, elles constituent à elles seules un véritable livre d’images. Lorsque la nuit tombe, le rituel peut commencer. Un à un, je ferme les volets savourant mon bonheur d’être là, isolée.

Attenant à la maisonnette, un appentis, qui servait sans doute de réserve, est devenu l’un de mes espaces préférés, mon atelier. Il y règne une atmosphère différente très agréable. Chevalet, huiles, toiles en préparation, rubans, fleurs séchées, encres, plumes, papier en tout genre font partie du décor. C’est dans ce capharnaüm, très organisé, que je m’imagine tour à tour être Van Gogh et ses démons, Gauguin et sa maison du jouir, Marguerite Duras et son amant chinois, Proust et ses petites madeleines. C’est précisément, dans ce berceau, que je trouve les plus beaux instants de grâce.

Le jardin quant à lui, n’est que couleurs. À chaque saison un spectacle différent s’offre à mes yeux. Au printemps, mésanges, rouges-gorges et autres bergeronnettes annoncent leurs noces. Les bulbes éclatants y sont certainement pour quelque chose, car, nos jeunes premiers déclarent leur flamme dès l’arrivée des premières fleurs. L’été y est tout aussi ravissant. Abeilles et papillons virevoltent en tous sens, ne laissant derrière leur passage qu’un léger tremblement de fleurs. L’automne et ses premières gelées nous ravissent du ballet des feuilles dorées. L’hiver venu, le jardin s’endort sous la neige, ne laissant apparaître que quelques petites tâches d’un rouge éclatant, celles du houx. Pour parfaire la toile de fond, il me faut penser à repeindre la petite barrière, celle qui nous sépare de la rivière. Elle sera blanche.

Voilà c’est tout cela mon paradis, et pourtant, pourtant ! L’essentiel manque au décor de la maison du bonheur…l’homme que j’aime… »

J.B

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