Peinture & Ecriture

Tristesse

Tristesse - Peinture & Ecriture «La douleur passe,
la beauté reste»
Pierre-Auguste Renoir
Tristesse
de Josiane Bisson
Huile sur toile 50x70
(Prix de vente 350€)

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Le grand départ pour Toulouse

C’est à l'âge de 43 ans que je quitte définitivement la capitale pour rejoindre la ville rose. Rose peut-être, mais pas dans mon cœur. Ce n’était pas vraiment un choix, juste une question de job. Le départ fut douloureux.

Extrait de mon recueil de nouvelles

Julietta


« …C’est à deux pas de Palermo que Julietta vivait depuis sa plus tendre enfance. Adorée de tous pour sa grâce, sa bienveillance, sa dévotion envers les anciens, toujours prête à rendre service, toujours un mot aimable pour les plus démunis, protectrice des enfants et des chiens errants, Julietta était la Madone incarnée. Elle avait volontairement repoussé les avances de tous les prétendants de la contrée, préférant garder sa liberté au mépris des convenances. Elle se rendait, ce jour-là, comme toutes les semaines, au marché installé au centre du village. Légumes, fruits, fromages, fleurs et autres produits locaux allaient bientôt emplir le petit cabas de paille. Les vieux, arc-boutés sur leur canne, la regardaient trottiner, chuchotant des : « Dio mio, sembra la reicarnazione della Madonna ».

- Ciao bellissima Julietta

L’orage menaçait depuis le matin. C’est peu après treize heures que le ciel s’obscurcit, le vent se leva, les éclairs commencèrent à faire leur première apparition, striant les cieux. Les cumulo-nimbus enflèrent, se colorant, d’un gris anthracite plus que menaçant. Feuilles, papier, branches, poussière et pots de fleurs, tout virevoltait. La tempête éclata. Chacun courut se réfugier comme il le pouvait, la place fut vide en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Julietta, déjà détrempée, courut se nicher sous le porche d’une demeure abandonnée depuis fort longtemps.

Tapi dans le noir, elle jetait quelques petits coups d’œil par les fentes de la lourde porte de bois, attendant patiemment que Jupiter aille se faire entendre ailleurs.

Ce que Julietta n’avait pas vu, c’était cet homme recroquevillé dans un recoin poussiéreux. C’est dans cet endroit sordide et crasseux qu’il guettait, depuis plusieurs heures, Julietta accaparée par ses achats. Il s’approcha à pas lents, s’immobilisa les yeux exorbités et dans une furie déraisonnée, il se rua sur la jeune femme, empoignant la crinière brune, dont une mèche se détacha du cuir chevelu. De sa main épaisse, il bâillonna sa proie, ne permettant à aucun son de s’échapper. Un coup violent porté sur la nuque mit fin aux efforts que Julietta menait pour lutter. Le corps s’effondra comme un poids mort. Il prit du recul et observa l’objet de sa convoitise. Jamais il ne laisserait quelqu’un d’autre l’approcher, la toucher, la souiller.

La simple image d’un homme souriant à la belle le faisait vomir, ce qu’il fît.

Il était le seul à pouvoir la regarder, le seul, car elle était à lui, même si elle
s’obstinait à ne pas le reconnaître, elle lui appartenait, elle était sa chose, son objet.

Dieu en avait décidé ainsi. Dieu lui avait donné la vie et elle avait vu le jour pour lui et pour personne d’autre. Il avait bien essayé de le lui faire comprendre à plusieurs reprises, mais sans succès. Elle avait toujours ignoré ces déclarations et ne lui avait adressé qu’un léger sourire en tournant les talons. Elle l’avait repoussé, il ne l’avait pas supporté.

Les clichés envahirent ses pensées. Il l’imaginait nue, étendue voluptueusement sur son lit, la pointe de ses seins de porcelaine dressée, prête à s’offrir à un autre. La scène insoutenable lui remit l’estomac à l’envers, faisant remonter dans sa gorge la bile répugnante.

Dans une rage démoniaque, Il joignit ses deux mains autour du cou frêle et dans une violence inconsidérée il serra, serra et serra encore, en laissant échapper des rires hystériques. Enfin, Il s’allongea auprès du corps inerte, prit la main de Julietta et sourit.

Elle était enfin à lui… »

J.B

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