Peinture & Ecriture

L'escrimeur

L'escrimeur - Peinture & Ecriture «Peindre d’après nature, ce n’est pas copier l’objectif, c’est réaliser ses sensations»
Paul Cézanne
L’escrimeur
de Josiane Bisson
Huile sur papier brut 47x72
((Prix de vente 490€)

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À mon fils

Que de souvenirs.... À l’âge de neuf ans, mon fils Nicolas découvre ce noble sport qui métamorphose son attitude quelque peu turbulente. Respect de l’autre, rigueur, maîtrise et concentration, voilà ce que les arts martiaux lui apporteront. Il restera fidèle à cette discipline même dans sa vie d’adulte. Présente dans les salles d’armes, je vis, de manière exubérante ses assauts sous l’œil amusé de son Maître d’armes Gilles Louisiade.

Extrait de mon recueil de nouvelles

«C’était un 4 novembre»
Nicolas en action - Peinture & Ecriture
Nicolas en action
Photo: Josiane Bisson


4 novembre 1977, c’est sans aucun doute la date la plus importante de ma vie. Il était 17h20 lorsque tu nous offris ta première désapprobation. Tu semblais furieux que l’on vienne déranger la paisible existence que tu menais depuis plus de huit mois dans ton nid chaud et douillet, bien à l’abri du monde extérieur, si cruel. Je venais de te donner la vie et tu commençais à prendre la mienne. Tu étais le plus beau et le plus précieux des cadeaux, je ne le savais pas encore. Bien des femmes vous parleront d’instinct maternel. Au risque d’un jugement trop sévère, voire d’une condamnation, je répondrais que c’est faux. L’instinct maternel n’est pas inné, il s’acquiert avec le temps. Les jours passent, amenant chacun leurs lots de joies, d’inquiétudes, de plaisirs, de larmes et de rires et font que l’attachement et l’amour grandissent, laissant jaillir ce que certains appellent l’instinct maternel. Plus tu grandissais et plus je t’aimais.

Si je devais refaire l’histoire que changerais-je ? Rien, absolument rien. Ni l’éducation plutôt stricte mais porteuse d’un sens des valeurs, ni cet amour, parfois débordant, que l’on m’a souvent reproché, ni notre complicité, rien, je ne bouleverserais rien. Même ton prénom serait identique, tant pis si la plupart t’appelle Nico, ce que je déteste mais j’ai appris à m’y habituer, je ne changerais même pas ton nom de baptême. Un prénom ne doit pas être influencé par une mode ou une tendance, il doit venir d’un ressenti. Pour toi, c’est ce qui c’est produit. Très longtemps, ton père et moi avons cherché le prénom que tu porterais et c’est un matin, au réveil, que j’ai déclamé : « notre enfant s’appellera Nicolas ou Cécile ». Devant mon ton affirmé ton père n’a émis aucune objection.

Durant toute ton enfance, je n’ai eu que des satisfactions avec toi. Des petits soucis certes, mais sans gravité. Tu étais un enfant intrépide mais agréable. Malicieux, un peu manipulateur, mais avec délicatesse. Adolescent, tu t’es très vite affirmé comme étant un meneur. Nos désaccords venaient souvent du capharnaüm qui régnait dans ta chambre, ce qui nous a valu de très belles crises de rire, après chaque année scolaire lorsque nous procédions au grand rangement. Rappelle-moi combien de doubles décimètres nous avons retrouvés. Dix ou quinze, je ne dois pas être loin du compte. La crise de l’ado, je ne l’ai pas connue. La véritable séparation eut lieu en mars 1998. Je quittais Paris pour rejoindre la ville rose. Ce fut une épreuve car tu me manquais énormément. J’étais très heureuse de voir que tu étais capable de prendre ton autonomie, sans me douter qu’un drame se jouait. Drame que la famille m’avait caché pour ne pas m’inquiéter. Mon fils était malheureux. Tu vivais ton premier chagrin d’amour et je n’étais pas là.

Ton envie de résider dans les Alpes, datait de ton adolescence et tu mis à profit tous ces bouleversements pour oser faire le grand saut. Partir et vivre ton rêve, rejoindre Les Arcs. Comme j’étais fière de toi. Tu te conduisais en adulte, assumant tes décisions. J’ai un merveilleux souvenir de nos retrouvailles dans cette vallée, où nous cherchions ensemble ton nouvel appartement. Arrivée la première, c’est à l’église que je me suis rendue, pour prier. J’ai demandé à Dieu de veiller sur toi. C’est ce qu’il fit. Le plus beau était à venir. Ton installation dans cette petite maison de guingois, qui nous avait tant charmés. Pourquoi, celle-là, on ne sait pas. Elle n’était pas la plus belle mais elle avait une âme et une odeur que je n’oublierai jamais. De plus, sur la place de l’église, notre Seigneur t’avait sous son aile. J’ai adoré ces instants. Tu étais tellement heureux que ton bonheur fut communicatif. Immédiatement les autochtones t’on adopté. Tu faisais partie du village. Je pouvais repartir sereine.

Dieu ne peut pas toujours s’occuper du même cas, aussi, quelques années plus tard, il estima qu’ayant eu ta part, il passerait au dossier suivant. J’aurai dû retourner lui parler. Les années galères sont arrivées. De cette période il nous reste deux choses merveilleuses. Un petit Théo et un sapin qui grandit aussi bien que lui. Aujourd’hui ton printemps est passé. Te voilà à la porte de ton été et moi, ta mère, j’ai juste envie de te dire, vis mon fils, ne passe pas à côté de tes rêves. La vie est bien trop courte nous apportant chaque jour soucis, problèmes, angoisses. Accomplis toutes tes envies pour ne jamais avoir de regrets.
Quant à Dieu, je le remercie pour tout ce qu’il a fait pour toi. C’est à moi de veiller sur toi, jusqu’à ce qu’il me rappelle auprès de lui. Je t’aime mon fils.

J.B

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